Planète métisse : to mix or not to mix
Exposition Planète Métisse, to mix or not to mix’ ?
Musée du Quai Branly
Exposition d’anthropologie Galerie Ouest
18 mars 2008 – 19 juillet 2009
Après la première exposition d’anthropologie « Qu’est-ce qu’un corps ? », qui interrogeait la place du corps dans des sociétés de quatre régions du monde, le musée du quai Branly souhaitait aborder les questions essentielles des métissages, des mondialisations, des colonisations, des dits « chocs des civilisations ». Alors que l’on ramène souvent la notion de métissage à un simple mélange biologique, l’exposition Planète Métisse invite le visiteur à découvrir ce que les peuples et les individus ont inventé à l’interface des sociétés et des civilisations. Au cours d’un parcours ludique et rythmé, l’exposition propose de faire dialoguer entre eux des objets rares, insolites et variés, en questionnant l’imaginaire du visiteur. Au-delà d’une simple observation des phénomènes de métissage, celui-ci est amené à les interroger et à en mesurer les enjeux. Planète Métisse aborde également les imaginaires métis d’aujourd’hui, notamment à travers les cinématographies asiatiques et hollywoodiennes, faisant apparaître le cinéma mondial comme un puissant révélateur des métissages contemporains.
Parcours de l’exposition :
Le parcours de Planète Métisse est à la fois thématique, chronologique et géographique. Il invite à passer à travers quatre sections, sans seuil ni rupture, mais par des changements de rythme. Alors que la première partie, « To mix or not to mix? » se veut être un moment de découverte, de trouble et de perplexité, le second moment de l’exposition est une phase de contextualisation, « Chocs et rencontres des mondes ». Celle-ci mène vers la séquence « La fabrique des métissages », qui traite du processus de création de l’objet métis, pour terminer par la section « Horizons métis ? », offrant un aperçu des manifestations contemporaines des métissages, à travers l’exemple du cinéma.
1. To mix or not to mix ?
La première partie de l’exposition part de la question suivante : pourquoi nous est-il si difficile de penser l’intermédiaire, de l’expliquer et de le montrer ?
Dans ce qui s’apparente à une salle au trésor, le visiteur découvre d’abord une présentation d’objets métis, où différents continents se côtoient : mêlés à la création d’un grand couturier parisien, des outils venus de sociétés qu’on imagine restées à l’origine des temps, mais aussi des objets témoins de la naissance de l’Amérique latine.
Pour comprendre ce qu’est un objet métis, le visiteur est invité à entrer dans un théâtre d’anatomie, un de ces laboratoires d’autrefois où les médecins exploraient les mystères de la vie, afin d’examiner un objet déployé sur la table d’observation.
Le visiteur est confronté à une série d’oppositions communes qui entravent notre compréhension des métissages : Antique ou Primitif ? Néo-classique ou Premier ? Classique ou Ethnique ? Folklorique ou Exotique ?
Ces questions sont posées à partir d’un objet-phare : le Codex Borbonicus, qui appartient à deux mondes à la fois, celui des anciens Mexicains et des conquérants espagnols.
L’histoire qu’il révèle est tissée d’affrontements, de chocs et d’emprunts.
2. Chocs et rencontres des mondes
Les métissages se déploient dans l’espace et le temps : leur exploration doit donc obligatoirement passer par l’histoire des sociétés et des civilisations. Les débuts de l’expansion européenne, aux XVe et XVIe siècles, marquent un moment privilégié dans l’histoire de la fabrication des métissages. Cela ne signifie en aucun cas que l’histoire des métissages se confond avec celle de notre continent, mais qu’elle mobilise sans cesse d’autres passés, d’autres points de vue, d’autres mémoires, tous et toutes confrontés aux assauts de la colonisation européenne et des formes d’occidentalisation dont elle était porteuse.
En Amérique, en Afrique et en Asie, des artistes observent l’arrivée des Européens. Ils peignent ou sculptent l’irruption de ces intrus dans la vie quotidienne ; mêlant éléments européens et éléments indigènes, ces oeuvres sont des créations métisses. Ainsi, le Codex Azcatitlan associe des conventions préhispaniques à des motifs européens tirés des gravures européennes envoyées dans le Nouveau Monde : chevaliers en armure, oriflammes… Le métissage des images permet plusieurs interprétations, en fonction des regards.
3. La fabrique des métissages
Cette section présente les objets dans des configurations triangulaires : le modèle du triangle permet de faire ressortir la diversité des origines pour un même objet, et la manière dont le mélange opère. A la différence de l’objet exotique, le métissage est une appropriation par l’indigène de ce qui vient d’ailleurs, une lecture, une réaction, et une création. Rarement libres, ces choix ne sont jamais arbitraires : les intérêts de la religion,
de la politique, du commerce, mais également le plaisir et le jeu, guident la main qui métisse. Une singulière boite à musique brésilienne propose au visiteur de découvrir les générations de sons métis qui se sont succédés de l’époque coloniale à la fin du XXe siècle.
4. Horizons métis ?
La quatrième et dernière section de Planète Métisse propose une exploration des imaginaires métis d’aujourd’hui, à travers les cinématographies asiatiques et hollywoodiennes. Le cinéma mondial apparaît comme un puissant révélateur des métissages contemporains et le diffuseur inlassable de nouveaux imaginaires… Il est possible d’observer ces phénomènes à l’oeuvre sur l’une des grandes frontières métisses du monde : celle qui traverse le Pacifique et sépare les USA et l’Occident des mondes asiatiques. Le visiteur est également amené à s’interroger sur les futurs que nous proposent les films de science-fiction. Les films présentés ici sont toujours à considérer à la fois comme des oeuvres d’art et comme les illustrations d’un type de métissage.
Le parcours s’achève sur une étonnante encyclopédie des savoirs du monde : les cartes de l’artiste ivoirien Frédéric Bruly Bouabré jonglent avec les formes et les idées, illustrant que le métissage, indispensable à la perpétuation des êtres et des sociétés, est aussi jeu et création. Si le métissage comprend une part de jeu, c’est aussi qu’il exige un investissement personnel et expose à des risques.
Le commissaire d’exposition : Serge Gruzinski
Serge Gruzinski est historien, directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Spécialiste international du Nouveau Monde, Serge Gruzinski a déjà collaboré avec le musée du quai Branly. En 2004, il avait la direction scientifique du colloque L’Expérience Métisse, qui proposait de confronter différents regards sur la problématique du métissage dans les civilisations du monde.
Alessandra Russo, adjointe au commissaire d’exposition, est Assistant Professor à
l’Université de Columbia (NY).
Bibliographie
La colonisation de l’imaginaire, Paris, Gallimard, 1988.
L’Aigle et la Sibylle, Paris, Imprimerie nationale, 1994.
La Pensée métisse, Paris, Fayard, 1999.
Les Quatre parties du monde, Paris, La Martinière, 2004.
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